François-Auguste Mignet
Collège international
Aix-en-Provence
 

Le vieux qui lisait des romans d’amour, un parcours de lecture

mercredi 2 février 2011, par la rédaction

Dans le cadre de l’année internationale des forêts, la classe de 4e 5 découvre le roman de Sepúlveda et ses enjeux économiques et humains.

Sur les traces de José Antonio

Le docteur Loachamín, le gouvernement, les Blancs et les Indiens

Les Apaches, les Jivaros et les Shuars

La première victime

la résistance de la forêt et de la lectureLa lecture

Les lois de la chasse

Le rêve au bord du fleuve

La mort de l’ocelote

Le retour aux romans d’amour


Le ciel était comme une panse d’âne gonflée
qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes.

Le docteur Loachamín, le gouvernement, les Blancs et les Indiens
 " Le docteur Loachamín haïssait le gouvernement. N’importe quel gouvernement. Tous les gouvernements. Fils illégitime d’un émigrant ibérique, il tenait de lui une répulsion profonde pour tout ce qui s’apparentait à l’autorité, mais les raisons exactes de sa haine s’étaient perdues au hasard de ses frasques de jeunesse, et ses diatribes anarchisantes n’étaient plus qu’une sorte de verrue morale qui le rendait sympathique.

Il vociférait contre les gouvernements successifs de la même manière que contre les gringos qui venaient parfois des installations pétrolièrtes du Coca, étrangers impudiques qui photographiaient sans autorisatgion les bouches ouvertes de ses patients."

 

C’est la faute au gouvernement si tu as les dents pourries et si tu as mal.

A El Idilio, il n’y a pas les Blancs et les Indiens. Il y a ceux qui connaissent et respectent la forêt, la vie et ses origines et les autres.Les gringos, les colons, les touristes américains, les chercheurs d’or, le gouvernement, tous ont un point commun, ils sont des étrangers. Etrangers à El Idilio et à la forêt amazonienne.
Les Apaches, les Jivaros et les Shuars
" Les Jivaros. Des indigènes rejetés par leur propre peuple, le peuple des Shuars, qui les considérait comme des êtres avilis et dégénérés par les habitudes des "Apaches", autrement dit des Blancs.

Les Jivaros, habillés avec les guenilles des blancs, acceptaient sans protester ce nom dont les avaient affublés les conquérants espagnols."

lu par Noémie (en préparation)
La différence était immense entre un Shuar hautain et orgueilleux, qui connaissait les régions secrètes de l’Amazonie, et un Jivaro tel que ceux qui se réunissaient sur le quai d’El Idilio dans l’espoir d’un peu d’alcool. Les Indiens sont aussi divisés entre Shuars et Jivaros.
Le vieux a vécu avec les Shuars qui lui ont appris à survivre dans la forêt et à la respecter.
Par son passé et ses connaissances, José Antonio est un homme entre deux mondes. Il vit en marge, dans une maison construite sur une terre qui ne lui appartient pas.
Les Blancs ont le pouvoir. Ils ont décidé que la terre appartient à l’Etat. Mais ils dégradent tout ce qu’ils touchent.
José Antonio respecte les Shuars qui ont su préserver leur fierté et leurs traditions. Mais il reste un Blanc. Et c’est armé d’un fusil qu’il affrontera l’ocelot.
La première victime

Le vieux : "Laissez les Shuars s’en aller. Il faut qu’ils préviennent leur foyer et les foyers voisins. Chaque jour qui passe va rendre la femelle plus désespérée et plus dangereuse, et elle va chercher le sang toujours plus près des villages. Saloperie de gringo ! regardez les peaux. Toutes petites, inutilisables. Chasser juste avant les pluies, et avec un fusil ! Vous vous rendez compte ? Mais nous savons maintenant que le fautif, c’est un gringo. Il chassait hors saison, et des espèces interdites."

lu par Jérémy et Kimberley (en préparation)

Pauvre gringo. Sa mort a dû être horrible. Regardez la blessure. Une griffe lui a déchiqueté la jugulaire. Des Shuars ont ramené au village le corps d’un Blanc. Le maire les accuse de l’avoir tué.

Mais le vieux examine le corps et raconte la scène de chasse et le comportement de l’animal.
L’homme que les Shuars ont ramené est un chasseur. Il a tué des bébés ocelots pour prendre leur peau. La mère s’est vengée.
Le vieux lit à livre ouvert dans les indices qui viennent de la forêt et comprend le danger qui menace désormais le village.

La résistance des livres et de la forêt

"Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait, et quand il avait épuisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phrase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.

Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau."


lu par Sébastien et Nicolas C. (en préparation)

En travaillant de l’aube à la nuit ils arrivaient à arracher un arbre, quelques lianes, quelques plantes, et le matin, ils les voyaient repousser avec une vigueur vengeresse.

 

Antonio et le maire ne s’aiment pas. Personne n’aime le maire qui est violent, orgueilleux et lâche. Cependant, il détient le pouvoir et il sait lire. Il se croit même cultivé.
Mais il est maladroit dès qu’il s’aventure dans la forêt. Antonio avance lentement dans sa lecture, pas à pas. Les mots lui résistent comme la forêt résiste au maire et comme elle lui a résisté avant que les Shuars ne viennent l’aider.

Antonio n’a pas une connaissance suffisante du monde pour comprendre ce qu’il lit. Venise, pour lui, est un mystère indéchiffrable. Mais il a une connaissance profonde de la forêt. Les Shuars lui ont appris à connaître les signes.

La lecture

" Le Rosaire de Florence Barclay contenait de l’amour, encore de l’amour, toujours de l’amour. Les personnages souffraient et mêlaient félicité et malheur avec tant de beauté que sa loupe en était trempée de larmes.

L’institutrice, qui ne partageait pas ses goûts, lui permit de prendre le livre pour retourner à El Idilio, où il le lut et le relut cent fois devant sa fenêtre, comme il se disposait à le faire maintenant avec les romans que lui avait apportés le dentiste et qui l’attendaient, insinuants et horizontaux, sur la table haute, étrangers au passé désordonné auquel Antonio José Bolivar préférait ne plus penser, laissant béantes les profondeurs de sa mémoire pour les remplir de bonheurs et de tourments d’amour plus éternels que le temps."


Le pouvoir de maîtriser les fils de ses souvenirs et de ne pas tomber dans les pièges que lui tendait parfois sa mémoire.


Ce que la lecture apporte à Antonio ? Pourquoi aime-t-il les histoires d’amour très tristes qu’il lit les yeux remplis de larmes ?

José Antonio n’aime peut-être pas se souvenir de sa propre vie.

Il trouve dans ses lectures des souvenirs d’emprunt qui remplacent les siens. Elles lui offrent une mémoire de substitution et la paix.

Au plus profond de sa mémoire se trouvent des souvenirs enfouis etdouloureux qu’il ne faut pas déranger, de même qu’au plus profond de la

forêt il ne fallait pas déranger l’ocelot.
Au fond de la forêt, l’ocelot. Au fond de la mémoire, des souvenirs cruels. Chasser l’ocelot pour revenir à la lecture et que revienne la paix.

Les lois de la chasse 

Et les ocelots non plus ne te sont pas étrangers, sauf que tu n’as jamais tué un petit, pas plus celui d’un ocelot que celui d’une autre espèce. Seulement des animaux adultes, comme le veut la loi shuar. Tu sais que les ocelots sont des animaux étranges, au comportement imprévisible. Ils n’ont pas la force des jaguars, mais ils font preuve d’une intelligence raffinée.
"Si la piste est trop facile et que tu crois tenir l’ocelot, c’est qu’il est derrière toi, les yeux fixés sur ta nuque", disent les Shuars, et c’est vrai.

lu par Théo et Alexandre N. (en préparation)

Antonio connaît mieux la forêt que les Blancs. Il connaît les ruses des Shuars et sait prendre les singes et les oiseaux sans tirer un coup de fusil. Sans brutalité ni compassion. Il les capture vivants pour les échanger contre des livres. Ils sont utilitaires.

Mais avec l’ocelote, c’est différent.

Ils ont un peu la même histoire. Ils sont deux êtres solitaires. Chacun avec sa douleur. Chacun avec son deuil. Deux chasseurs qui s’affrontent d’égal à égal et qui se respectent. Pour José Antonio, l’ocelote est une personne animée de sentiments plus humains que beaucoup de Blancs qu’il connaît.

Le rêve au bord du fleuve

 

En face de lui quelque chose se mouvait dans l’air, dans le fleuve, à la surface des eaux tranquilles, au fond même du fleuve. Une chose qui semblait avoir toutes les formes et se nourrir en même temps d’elles. Elle changeait constamment sans laisser aux yeux hallucinés le temps de s’accoutumer.Elle prenait brusquement l’apparence d’un ara, puis passait à celle d’un silure-perroquet qui sautait la gueule ouverte, avalait la lune et retombait dans l’eau avec la violence d’un gypaète fondant sur un homme. Cette chose n’avait aucune forme définie, précise, mais touours, quelles que soient les apparences qu’elle prenait, demeuraient les yeux jaunes et brillants.

 

C’est ta propre mort qui s’est déguisée pour te surprendre. Si elle l’a fait, c’est parce que l’heure n’est pas encore venue de partir.
Chasse-la, ordonnait le sorcier Shuar, en massant son corps las avec de la cendre froide.

 

 

José Antonio connaît la peur. Il se laisse envahir par un rêve de mort dans lequel il est la proie et non le chasseur.Le prédateur quile guette est partout à la fois, dans toute la forêt, toute la nature. A l’extérieur et à l’intérieur de lui.

Mais le vieux a déjà frôlé la mort et les rêves l’ont aidé. A travers eux il a trouvé le secours des sorciers Shuars et c’est encore eux qui vont le remettre d’accord avec la nature et la vie.

Toute l’immensité de l’Amazonie se réduit maintenant à ce petit espace clos et fragile, le canoë retourné sous lequel il s’est réfugié. C’est là qu’il a dormi et rêvé sa mort.

C’est de là qu’il va se relèver pour affronter la mort et renaître à la vie.

De la sagesse des Shuars José Antonio garde l’accord avec la nature. Et cette chasse était aussi une initiation. Il a vaincu sa peur. Maintenant capable d’affronter sa propre mort, il n’a plus peur de vieillir et de mourir.

La mort de l’ocelote
" Ce fauve, le gringo lui a assassiné ses petits et peut-être aussi son mâle. D’un autre côté, sa conduite laissait penser qu’en s’approchant dangereusement des hommes comme elle l’avait fait depuis la nuit précédente et, avant, pour tuer Placencio et Miranda, elle cherchait la mort.
Une volonté inconnue lui dictait que la tuer était un acte de pitié inéluctable mais qui n’avait rien à voir ave la pitié de ceux qui pardonnent comme on fait une aumône. La femelle cherchait une occasion de mourir dans un combat à découvert, dans un duel que ni le maire ni aucun de ses hommes ne pouvaient comprendre.
...
lu par Ihssène (en préparation)

José Antonio a tué l’ocelote avec le fusil, comme il avait tué le chasseur blanc.

Le pouvoir de maîtriser les fils de ses souvenirs et de ne pas tomber dans les pièges que lui tendait parfois sa mémoire.


" Le vieux la caressa, oubliant la douleur de son pied blessé, et il pleura de honte, se sentant indigne, avili, et en aucun cas vainqueur dans cette bataille.

Les yeux brouillés de larmes et de pluie, il poussa le corps de l’animal jusqu’au bord de la rivière et les eaux l’emportèrent dans les profondeurs de la forêt, vers les territoires jamais profanés par l’homme blanc, vers le confluent de l’Amazone, vers les rapides où des poignards de pierre se chargeraient de lel lacérer, à tout jamais hors d’atteinte des misérables nuisibles."
 

A nouveau il n’est pas digne des Shuars. A nouveau il n’est pas digne de la forêt.

L’eau du fleuve engloutit le fusil et emporte l’ocelote. L’un est avalé et sombre dans l’oubli. L’autre revient à la nature, se disperse et revient à la forêt en échappant aux fourmis, à la vermine et à la pourriture comme les hommes tués par l’ocelote.

L’Amazone rend l’animal à la nature et tout rentre dans l’ordre, revenant à un monde bien antérieur à l’apparition des blancs.

Le retour aux romans d’amour

Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d’or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d’un coup de machette, s’y appuya et prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes.
lu par Emma (en préparation)


Le vieux revient à son paradis, à ses histoires d’amours tristes et à sa cabane précaire. Il a reconquis le temps de rêver.

Mais il retourne aussi à la solitude et à l’oubli.
Il a fait sa part, complète et insuffisante pour que le dernier mot ne revienne pas à la barbarie. Il laisse derrière lui l’ordre de la nature que seuls les Shuars ont compris.

Combien de José Antonio faudrait-il pour sauver l’Amazonie ?

   
 Sur les traces de José Antonio,
est un parcours de lecture des élèves de
4e 2, 6, 9 de 2004 - 2005.
Il est repris et enrechi en 2010 - 2011
par les élèves de 4e 5 :
Exposés multimédias avec
mises en voix de quelques extraits significatifs.
   
   
 
Collège international François-Auguste Mignet – 41 rue Cardinale - 13100 Aix-en-Provence – Responsable de publication : Nathalie MANIVET-DELAYE
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